La cérémonie du 11 novembre

“ Ceux qui sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie” Victor Hugo

La première Guerre Mondiale fut d’une rare violence comme en témoigne le nombre de pertes humaines dont il est difficile de connaître le nombre exact. En effet, nombreux sont les soldats qui sont décédés des suites de leurs blessures (atteinte au gaz…) mais nous n’avons aucune indication là-dessus. Les gouvernements n’ont pas souhaité, à l’époque, mener des études pour le savoir pour ne pas avoir à verser de pension aux familles. Jay Winter, historien britannique, estime qu’il faudrait ajouter 15% aux chiffres officiels établis pour s’approcher de la vérité.

Avec plus ou moins dix millions de pertes, la première Guerre Mondiale constitue un traumatisme aussi bien chez les soldats que chez les civils. Si toutes les familles ont été touchées par la guerre, par la mort d’un proche ou le retour d’une personne estropiée, on estime que 20% des soldats a subi un profond choc traumatique qui est rarement mentionné dans les sources car ce choc n’a jamais était reconnu par l’Etat. Cette guerre va marquer la naissance d’un “memory boom” dans les sociétés, selon Jay Winter. Cette vague de commémoration, rendue bientôt universelle, s’explique par le fait que 50% des corps ont totalement disparu ou reposent sur d’autres continents pour les familles des soldats issus des colonies. En 1921, la France autorise la demande de retour des corps. En 1924, on constate qu’un tiers des familles l’a faite, peut-être par volonté de laisser reposer ensemble les camarades qui ont combattu côte à côte. La mise en place d’un deuil national a donc permis aux familles de se recueillir et de faire le deuil de leurs proches.

C’est dans ce contexte que le 11 novembre, jour de l’armistice a revêtu une signification particulière pour les familles. Le 11 novembre 1918, à 5h15, l’armistice est signé à Rethondes. Cela marque la fin du conflit. C’est un jour de liesse partout en France. Les soldats sont applaudis et cet enthousiasme se renouvelle à chaque retour de troupes. Ainsi, à Aire-sur-la-Lys, la population se précipite le 28 novembre 1914 pour accueillir les troupes françaises de retour de Belgique.

Les soldats seront à nouveau mis à l’honneur et décorés lors de la fête nationale qui suivra le 14 juillet 1919. Ils défilent sous l’arc de triomphe à Paris devant un cénotaphe érigé pour l’occasion dans la nuit précédente. Ce geste est une façon de rendre hommage à la fois aux soldats morts et aux vivants.

Si le 11 novembre 1919 est célébré à Aire comme ailleurs, cela reste discret et laissé à la libre appréciation des communes. A Paris, une petite cérémonie fut organisée dans la chapelle des invalides en présence du maréchal Foch.

L’Etat français reprend alors à son compte l’idée des Britanniques qui avaient créé en 1920 l’hommage au soldat inconnu après avoir vu le défilé des gueules cassées le 14 juillet 1919 sur les Champs Elysées. Ils avaient alors, 5 jours plus tard, organisé une cérémonie à Londres où l’architecte Edwin Luytens avait réalisé un cénotaphe.

“Cette idée d’honorer les plus modestes et les plus obscurs de nos héros, en reportant l’hommage sur un inconnu, répondit vite à un sentiment universel”… “Tous les pays de l’Entente (…) firent leur cette conception de l’hommage au Soldat inconnu”. ”Ainsi, toutes les familles qui n’ont pas retrouvé un des leurs pourront imaginer que l’être chéri qu’elles pleurent est cet inconnu”. Jay Winter.

Le premier soldat inconnu a donc été amené le 11 novembre 1920 devant le mémorial de la Grande Guerre de Londres afin de porter la mémoire de tous les disparus. Sa dépouille a ensuite été placée à Westminster Abbey. Le soldat inconnu a été inventé par les Britanniques, et presque tous les pays leur ont emboîté le pas. Il y a eu des enterrements de soldat inconnu encore assez récemment, notamment en Australie en 1993, et en Nouvelle Zélande en 2004.

En ce qui nous concerne, ce n’est vraiment qu’en novembre 1920 que l’Etat organise et codifie la cérémonie officielle du 11 novembre. Le 11 novembre devient alors la seconde grande date patriotique de notre pays après le 14 juillet. Il s’agit de se souvenir de ces hommes morts aux combats ou suite à des blessures liées à la guerre. Cet hommage national participe au deuil des familles.

En effet, il n’y a pas que pour les soldats que ces commémorations sont créées, les familles en avaient tout autant besoin que le reste de la population. On estime que la quasi-totalité des familles ont été traumatisées par la perte d’être proche.

Les commémorations débutent le 10 novembre 1920 à Verdun par le ministre des pensions, ancien de la Grande Guerre, André Maginot. Ce lieu a été choisi pour l’atrocité des combats qui s’y sont déroulés de février à décembre 1916. Huit corps, huit « héros » ont été exhumés pour l’occasion, soit un dans chaque région militaire. Un corps vient de Verdun, un de Lorraine, un de Champagne, un du Chemin des Dames, un d’Île-de-France, un de la Somme, un de l’Artois et un des Flandres.

Auguste Thin, soldat originaire de Basse-Normandie, du 132ème régiment d’infanterie fut désigné pour choisir un corps parmi les huit qui deviendrait le soldat inconnu et prendrait place sous l’Arc de triomphe. André Maginot lui tendit un bouquet de fleurs qu’il déposa sur le sixième corps. A. Thin expliqua son choix par l’addition des trois chiffres de son régiment, 1 + 3 + 2 = 6.

Ce corps fut aussitôt transporté de nuit, par voie de chemin de fer, jusqu’à Paris. Le lendemain, il fut transporté au Panthéon puis sous l’Arc de triomphe, suivi d’une foule immense. Ce n’est qu’à partir du 11 novembre 1923 qu’André Maginot alluma la flamme du souvenir qui fut, dès lors, ravivée tous les jours à 18h30 par le comité de la flamme qui invite une association d’anciens combattants pour cela.

Depuis le 11 novembre 1920, la cérémonie est ainsi codifiée. Elle commence souvent le 10 novembre par une veillée au monument aux morts. Puis le lendemain, un grand défilé est organisé à 11h, ce dernier se dirige vers le monument aux morts. Avec la participation de l’Harmonie municipale, les enfants des écoles, les autorités civiles, les membres de la municipalité, les militaires et les membres des anciens combattants déposent des fleurs et se recueillent quelques instants, l’hymne national français, la Marseillaise, se fait entendre et des prières ont lieu.

Cette journée fut bientôt doublée d’une fête populaire permettant de rassembler la population. Nous le voyons dans le document ci-dessous.

On note que les festivités officielles du matin se poursuivent à 14h avec l’organisation d’un banquet par souscription, mis en place par les Anciens combattants à l’auberge de la treille d’Or, rue d’Arras. Puis, à 20h30, salle des fêtes, un grand bal a lieu, organisé par les associations d’anciens combattants. Une élection de la Madelon, symbole de la Grande Guerre, et de ses demoiselles d’honneur a lieu avec un jury présidé par M. le Maire.

 

Affiche pour les festivités populaires du 11 novembre 1962 à Aire-sur-la-Lys

Depuis, le 11 novembre a revêtu une signification plus large. En 1940, Paris est occupé depuis cinq mois et des étudiants et des lycéens rendent hommage aux morts de la Grande Guerre en défilant de manière improvisée. Honorer les morts de la première Guerre Mondiale est ici vu comme un acte de résistance.

Dès la fin de la seconde Guerre Mondiale, le général de Gaulle associa, le 11 novembre 1945, les morts de 1939-45 à ceux de 1914-18 et fit exposer 15 cercueils de Français morts toute la journée sous l’Arc de triomphe représentant les prisonniers, les déportés et les résistants, hommes et femmes mêlés, leurs cercueils furent transférés à la nuit tombée au Mont Valérien devenant le haut lieu de notre mémoire nationale.

“Le 11 novembre appartient dorénavant à la France toute entière et à toutes les générations du feu: 14/18, 39/45, Indochine, Algérie, parce que précisément la guerre 14/18 représente le point culminant du sacrifice militaire français” (…) “Ce 11 nov, jour glorieux entre tous, commémore une victoire mais exige une réconciliation entre les hommes (…). Honorer la mémoire des disparus d’un camp comme de l’autre mais que ce jour soit aussi celui de l’unité et de la fraternité des hommes de l’Europe libre”. Echo de la Lys, le 11 nov 1986, R.B.

Depuis le 11 novembre 2011, le président français N. Sarkozy transforme le 11 novembre pour en faire une date de commémoration de tous les conflits et de tous les morts pour la France. Cette décision intervient deux ans après la mort du dernier « poilu » français, une façon de donner un souffle à cette manifestation que certains souhaitent supprimer.

Aujourd’hui, nous sommes dans le premier centenaire de l’anniversaire de la Grande Guerre, nous commémorons encore le 11 novembre, non pas parce qu’il s’agit d’une date de souvenir mais parce que de nombreux soldats, résistants, civils etc… sont morts avec bravoure pour leur pays et pour la République et nous avons le devoir de les honorer.

 

 

 

 

 

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