L’angoisse du quotidien

Nous allons maintenant nous pencher sur la peur et l’angoisse ressenties par l’ensemble de la population de la ville. En effet, pendant la guerre, les sources d’angoisses étaient nombreuses à l’arrière du front. D’une manière générale, la peur principale des civils vient du ciel; en effet, la peur d’un bombardement aérien est omniprésente. On craint une menace qu’on ne peut pas contrôler et qui détruit sans faire de distinctions. La ville fut gravement touchée par les bombardements tout au long de la guerre, même si l’année 1918 fut particulièrement meurtrière. Le 8 octobre 1914, alors que les Allemands approchent Hazebrouck, un biplan survole la ville et lance 2 bombes. C’est là la première menace aérienne vécue par les civils airois. Le 1er Février 1915, plusieurs aéroplanes allemands sont aperçus survolant la ville. Le 13 Juin, les canons tonnent toute la journée aux abords d’Aire-sur-la-Lys. Le 2 Juillet, une canonnade très intense survient pendant la nuit. Du 1er au 10 octobre, les canons grondent.

Suite aux bombardements de plus en plus fréquents, la population est mise au courant d’une sonnerie de retraite en cas de danger le 9 Mars 1916. Ce même-jour, des bombes sont jetées près de l’aciérie d’Isbergues. Le 15 avril, les aciéries françaises sont visées par des bombes. Beaucoup n’atteignent pas leur cible. Le lendemain, le 16 avril 1916, un avion allemand passe au-dessus de la ville. Le 21 juillet, des obus sont de nouveau jetés sur Isbergues. Cette fois-ci, des habitations sont touchées. Une femme est tuée. Le 14 août, une liste des caves et abris en cas de bombardement est mise à disposition du public, ainsi qu’un avis recherchant des abris. L’année 1918 est particulièrement violente pour la ville. Le 2 Février, des aviateurs allemands sont aperçus rôdant dans le voisinage. Des torpilles sont jetées près d’Isbergues. Des explosions se font entendre toutes les 10-15 minutes. Le 16 Février, on note une nouvelle attaque à Isbergues : 17 torpilles tombent. Le 17, la rue d’Arras est touchée : les maisons sont détruites. Une photographie des destructions au niveau de la porte d’Arras se trouve ci-dessus.

Le 11 Avril, on procède à l’évacuation des habitants de Aire à cause d’une offensive allemande qui a rompu le front. Le 12 et 14 Avril sont les journées les plus critiques en terme de dégâts matériels  et de perte humaine. Début Mai, 2 torpilles sont jetés dans la nuit aux abords de la ville, rue de Saint-Omer. Le 12 et 13, de nouvelles bombes tombent sur Saint-Martin, causant des dégâts à la ferme de Gozet et aux verrières dans le cimetière. Des masques contre les gaz asphyxiants sont distribués à la population. Le 16-17, des bombes atterrissent toutes les 15 minutes sur la ville. Même situation les  18 et 19, mais cette fois-ci sur la route de Racquinghem à Arques. 11 torpilles sont jetées à la sortie d’Aire près de la ferme de Ruguel, ainsi qu’à La Jumelle. Du 19 au 25, les avions veulent jeter des bombes sur Aire mais doivent les abandonner autour des agglomérations. Suite à cela, la population diminue et des familles partent de la région précipitamment. Le maire et l’autorité militaire prennent donc des mesures de sauvegarde pour les maisons inhabitées. Le maire décide de créer un signal d’alerte: le clocher de l’église signalera désormais le danger. Le 31 Mai, de nouvelles bombes tombent sur le hameau du Mississippi. En Juin, le 30, des torpilles et bombes incendiaires pleuvent sur Aire; Place Notre-Dame, des éclats brisent les vitres. La rue des casernes, le quartier de la Place Jehan, la rue d’Arras également. 11 bombes s’écrasent dans un seul champ du hameau du Mississippi. Le 14 Juillet, des affiches sont placardées, indiquant les caves-abri. Le 20, des canons sont tirés en direction d’Aire mais la ville n’est pas touchée.

Annonce des mesures en cas d’attaque allemande
Affiche indiquant où se trouvent les caves de refuge

 

A partir d’Août 1918, la ville est bombardée nuit et jour pendant quatre mois. Les ¾ des maisons sont détruites.

De plus, la guerre fait de nombreuses victimes indépendamment des bombardements. En effet, l’inquiétude plane sur le sort des proches, frères, fils, maris ou père partis au combat. Cela entretient une psychose de la population qui vit sous le joug silencieux de cette angoisse. La menace est permanente et plane sur chacun. À Aire-sur-la-Lys, la 1ère victime est l’abbé Warenghem, sergent au 33e infanterie tué au combat de Dinant le 23 Août 1914. Un mois plus tard, le Maire dément les bruits à propos d’une liste de morts et de blessés parvenues à la mairie et dont les familles des victimes n’auraient pas connaissance. Le 12 juin 1915, une fillette de 4 ans se fait renverser sur la route par une voiture anglaise, et décède 3 jours plus tard. Un réfugié de Nomain se fait tirer dessus par une balle perdue d’un militaire au cours d’un exercice. Le 21 Février 1916, une habitante, Anaïs Féron, se suicide dans la Lacquette. Elle était sujette à des crises.

De plus, dès le déclenchement des hostilités, le Gouvernement met en place  un système de censure des journaux. Ce qui avait pour but d’éviter toute panique a finalement conduit à une angoisse de ne pas être informé de l’avancement de la guerre. La suspension des services télégraphiques et téléphoniques en Août 1914, puis celle du service postal en Septembre ont eu un effet sensiblement identique : l’absence de nouvelles des proches était une importante source d’angoisse. De plus, la présence de troupes armées dans la ville avait pour conséquence de créer un climat de tension et de peur. Début 1914, à Aire-sur-la-Lys, les bataillons du 73e infanterie et 27e artillerie tiennent garnison en ville et reçoivent les réservistes. Peu après, deux automobiles contenant chacune 6 hommes en uniforme, des inspecteurs allemands et armés, traversent la ville en direction de St Omer à bord de voitures réquisitionnées à Lens. Certaines grandes villes ont également connu des combats intra-muros, comme Lille en 1915.

Mais il existe d’autres craintes et d’autres menaces. Tout d’abord, au sein même des familles, le manque de nourriture dû au rationnement, aux réquisitions et à l’augmentation des prix est invivable. De plus, l’aviation développe le bombardement de gaz asphyxiants, invisible et indétectable : en Juillet 1917, 300 habitants d’Armentières ayant subi le bombardement de gaz asphyxiants sont amenés au Fort à l’hôpital d’Aire. L’apparition progressive de la dénonciation contribue également à effrayer les civils. Le 3 Janvier 1915, les autorités Airoises procèdent à l’arrestation des personnes suspectées de collaborer avec l’ennemi. Le  20 Avril 1918, les étrangers arrivant dans la région d’Aire doivent obligatoirement posséder un permis de séjour et le commissariat est prévenu lorsqu’un étranger est hébergé dans la région. En effet, l’étranger, peu importe d’où il vient, est considéré comme une menace.

 

 

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