Au quotidien, s’adapter à la guerre

La première guerre mondiale, en tant que guerre totale, aura sollicité l’ensemble de la population, en particulier les civils. A Aire-sur-la-Lys, ils ont subi de nombreux changements dans leur mode de vie, des restrictions à tout point de vue, des contraintes financières apparaissent, ils doivent également participer au rationnement… Ils ont dû s’adapter  au déroulement de la guerre et faire des efforts pour maintenir une vie “normale”.

Maintenir une vie normale

Des efforts sont faits par les Airois pour maintenir une vie normale, malgré les bombardements ennemis lancés sur Aire, les nombreuses restrictions…

La rentrée des classes est maintenue et est prévue pour le 1er octobre 1914 pour les pensionnaires de l’Institution Sainte-Marie et le 2 octobre pour toutes les autres écoles. La vie scolaire sera, malgré tout, fortement perturbée du fait de la mobilisation des maîtres et de la réquisition de beaucoup d’écoles. En outre, de nombreux enfants manqueront à l’appel et devront fournir un travail intense dans les exploitations agricoles familiales. Les enfants (plus précisément les garçons) vont parfois aider les Anglais à creuser leurs tranchées pour 2 ou 2.5 francs. 

Photographie de la cour intérieure du Sacré-Coeur.
Salle de classe du Sacré-Coeur.

Les sacrements continuent d’être délivrés. Les enfants reçoivent leur confirmation à l’église d’Aire (12 juillet 1916). La religion reste très présente, d’autant plus en période de guerre. Les grandes fêtes de l’année religieuse continuent de rythmer la vie des civils avec une résonance particulière. La fête de la Toussaint est extrêmement importante en ce 1er novembre 1917 et est très célébrée. Les visites au cimetière sont nombreuses. Il en est de même pour le 25 décembre où la foule se rend massivement à l’église St- Pierre pour la messe de minuit.

Des activités continuent d’être organisées comme des fêtes : la fête  de Noël, où des chocolats et des vêtements sont distribués, des fêtes en l’honneur des soldats, la fête de Jeanne d’Arc (jour anniversaire de la libération d’Orléans du 8 mai 1429 par l’armée française, sous le commandement de Jeanne d’Arc. Cette fête est un symbole national français) en juin 1916… Lors de ces fêtes, les jeunes filles sont souvent sollicitées comme, par exemple, lors de la journée Serbe du 25 juin 1916 organisée par le “Secours National” où elles vendent des insignes pour récupérer un peu d’argent. Grâce à cette journée, elles récoltent environ 1750 francs. Cette journée est un symbole important du nationalisme serbe, elle commémore la première bataille du Kosovo entre les Serbes et les Turcs le 15 juin 1389. Elle fut célébrée en juin, de façon à coïncider avec la date approximative de cette bataille, l’objectif étant de récolter des fonds pour venir en aide aux Serbes, alliés des Français, dont le pays était occupé par l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne.

Ces fêtes sont parfois proposées par les soldats britanniques logeant en ville. Ils y participent également, elles ont donc un rôle fédérateur. Les Britanniques ont, par exemple, donné une fête à l’école de natation en juillet 1917. Ces fêtes leur permettaient de s’amuser un peu, malgré l’éloignement des soldats de leur familles et de leurs pays…

La population continue de s’approvisionner au marché, maintenu tout au long de la guerre, même quand il y a peu de vivres à vendre, et il y a très souvent foule. Cela permet aux habitants de se retrouver, de partager les nouvelles du front, et bien sûr d’acheter de quoi manger. Les produits viennent, en général, des fermes aux alentours. Si les femmes et les enfants essayent de gérer l’exploitation, cela reste parfois difficile. Le général Joffre accorda alors 7 jours de permission annuelle aux agriculteurs des classes de 1892 et 1898.

 

La nécessaire adaptation des civils au rythme de la guerre

Malgré la volonté de maintenir, en apparence, une vie normale, les civils vivent au rythme de la guerre. Difficile d’effacer l’absence ou la perte d’un proche, de nourrir sa famille au quotidien…

Tout au long de la guerre, les civils ont perçu une augmentation des prix sur les denrées telle que la viande. Certaines denrées ont même disparu des marchés.

La nourriture est réquisitionnée pour les soldats et les civils doivent être rationnés.

 

A l’arrière, les civils connaissent aussi des réquisitions sur le cuir et les chaussures dans les établissements industriels, sur le blé, sur les logements de troupes et une interdiction de la fabrication et de la vente de pâtisserie fraîche.

Réquisition de cuir annoncée dans l’Echo de la Lys

 

Les civils reçoivent l’ordre de n’utiliser que la quantité minimum de tissus pour les confections telles que les vêtements et chaussures. Les restes de tissus sont mis de côté et utilisés pour confectionner des vêtements et des objets pour les soldats au front. En effet, nombreuses sont les familles qui envoient des colis aux soldats au front, surtout pendant les fêtes de Noël. Ils sont souvent garnis de quelques provisions et d’objets réalisés par les femmes pour soutenir leurs proches au front.

 

En 1915, le collège Saint-Vaast de Béthune s’installe à Aire à cause des bombardements et des gaz toxiques dans le secteur qui empêchent le bon fonctionnement de l’école. En 1918, les habitants sont évacués à cause d’une offensive allemande qui a rompu le front. Les écoles sont transférées dans des régions plus sûres. De ce fait, les premières communions des enfants de la paroisse sont retardées. La fête nationale passe inaperçue.

Le mode de vie des Airois va également être modifié par des restrictions et des changements au niveau de la circulation. Les horaires sont changés. Un couvre- feu est mis en place pour éviter de gêner les mouvements et déplacements des soldats en garnison dans la ville, mais aussi pour  sécuriser la population. Au départ, la circulation des voitures est interdite de 7h30 à 16h30 (août 1914) puis peu à peu il est interdit de circuler sans permis délivré par l’autorité militaire.

Au 1er janvier 1916, la circulation est interdite à partir de 20 heures, les débits de boissons et de tabac doivent fermer, eux aussi, à cette heure. La circulation et la vente d’alcool est limitée, en effet, l’armée britannique n’y a pas accès. L’armée française a un temps limité pour aller dans les cafés ( environ 2h matin et soir). Cela évite des débordements possibles et l’alcoolisme chez les soldats.

Heures d’ouverture des débits de boisson pour les soldats

 

Les lumières sont, elles aussi, proscrites à partir de 21 heures que ce soit chez soi ou dans les magasins. Cela évite de se faire repérer de l’ennemi et ainsi empêcher  le largage de bombes… Cela permet également de réduire la consommation de pétrole.

Avis publié dans l’Echo de la Lys concernant l’éclairage

 

Les horaires du bureau de Poste changent (en semaine : de 8h à 20h ; jours fériés et dimanche : de 8h à 11h). Mais il reste tout de même accessible pour les familles attendant les lettres d’un mari, d’un frère, d’une connaissance partis au front. Les familles peuvent envoyer des colis aux soldats, il faut donc que la poste reste ouverte.

Des restrictions sont imposées aux habitants. Ainsi, le chemin de fer leur est interdit dès le 12 août 1914 car il est réquisitionné par les militaires.  Les services télégraphiques et téléphoniques sont aussi suspendus pour les particuliers. Les commerçants ont, eux aussi, subi des restrictions sur leur commerce. Par exemple, les vendeurs d’armes et munitions, s’il veulent continuer leur commerce doivent adresser une demande au général commandant de la subdivision à partir du 10 janvier 1916. Le 1 décembre, l’interdiction de vente de couteaux à crans est prise.

Tout est contrôlé par les autorités, on craint l’arrivée d’étrangers, d’espions, de profiteurs de guerre, voire de voleurs. C’est pourquoi les aubergistes, hôteliers ou habitants hébergeant des personnes doivent le signaler en remplissant un bulletin d’identité et le remettre au Commissariat à partir du 15 janvier 1916. Un carnet d’étranger est mis en place le 20 avril 1916 pour recenser les étrangers à Aire. Les logements vont eux aussi connaître une taxation: 1 franc par nuit et lit d’officier; 0.5 franc par nuit et lit de sous-officier ou soldat; 0.05 franc par homme et par nuit avec le fumier fourni pour le cheval.

De plus, à partir du 1er février suivant, tous les étrangers doivent posséder une feuille d’immatriculation donnée par la mairie. Ces décisions proviennent des autorités militaires.

Certains Airois, cédant à la panique, cachent leur argent et leurs objets de valeur dans le sol pour éviter les vols… Des mentions en sont faites dans le journal local, l’Echo de la Lys, le 28 août 1914.

Les civils doivent aussi faire face à la censure, la censure des journaux, de plus, certaines pubs sont retirées. Les civils ne peuvent plus, non plus, téléphoner.

Avis paru dans l’Echo de la Lys qui montre la présence de la censure

 

Alors que la situation est particulière et que les Français doivent faire attention à leurs économies en cette période de guerre, l’Etat décide de mettre en place tout de même la réforme concernant l’impôt sur le revenu. La création d’un impôt sur le revenu avait été évoquée en 1848, par Garnier-Pagès, ministre des Finances de la IIe République. Le 15 juillet 1914 le Sénat adopte la création de l’impôt progressif sur l’ensemble des revenus, après plus de 60 ans de débats sur la fiscalité.

Le 22 décembre 1914, quelques mois après le déclenchement de la guerre, les chambres siègent à nouveau en session extraordinaire après s’être ajournées lors de la séance d’Union sacrée du 4 août, Alexandre Ribot demande le report de l’application de la loi. Mais la baisse des revenus de l’Etat pendant le conflit et les besoins de financement rendent nécessaires en 1916 une première application de l’impôt général sur les revenus de 1915. La loi du 31 juillet 1917 crée des impôts cédulaires, applicables à partir de l’imposition des revenus de 1917, introduisant ainsi un système d’imposition mixte alliant l’imposition cédulaire à l’imposition générale et progressive. Au niveau économique, les impôts sont toujours prélevés sur la base de 1914.

Depuis le 1er janvier 1916 , l’impôt sur le revenu est appliqué (5000 francs pour les célibataires; 7000 pour les mariés sans enfants, 8000 pour les marié avec enfants)

Enfin, les civils sont sollicités financièrement pour aider à l’effort de guerre. L’argent est nécessaire pour confectionner des vêtements pour les soldats, pour fabriquer des objets, des munitions pour la guerre…

L’échange or-billet est encouragé en 1916, pour remplacer le manque des pièces métalliques. En effet, le climat de la guerre avait amené les français à conserver leurs pièces d’or ou d’argent .

 

Retour progressif à la vie

A partir de septembre 1916, l’heure ancienne est rétablie. La journée aura duré 25 heures.

En novembre 1917, on sent que l’on approche de la fin de la guerre, il y a de moins en moins de restrictions, les activités recommencent, la viande n’est presque plus réquisitionnée… La foire d’Aire est organisée et est animée, on y vend les chevaux, dont le prix passe de 200 à 1300 francs ; des vaches grasses, de 1 franc 10 à 1 franc 20 le kilo ; les veaux se vendent  de 2 francs à 2 francs 80 et les porcs de 2 francs 35 à 2 francs 45.

 

Une bonne nouvelle arrive en décembre 1917,un radio-télégramme de Nauen (Allemagne) est envoyé à Washington, proposant l’ouverture des négociations  de paix.

Des dernières attaquent sont faites par les ennemis en 1918, pour démoraliser, affaiblir et tuer le plus de monde possible. Quand ces offensives s’arrêtent, la vie redémarre peu à peu à Aire sur la lys et les avions “boches” (je cite les propos des journalistes de l’Echo de la Lys) se font de plus en plus rares.

Le 30 septembre, la rentrée des classes se prépare. La vie quotidienne s’améliore doucement, le pain est meilleur, le prix des bestiaux augmente sur le marché . Le 10 novembre 1918, l’alimentation en gaz revient.

Enfin, le 11 novembre, arrive l’armistice, les gens chantent la chanson de la madelon, ils sont heureux. Les soldats rentrent chez eux  peu à peu. Les familles retrouvent les hommes partis au front.Les autorisations de retour pour les réfugiés sont uniquement attribuées par les préfets des départements, par les généraux, ou commandant des armées d’opérations, pour les communes les plus voisines du front En août 1919, les derniers réfugiés de Maubeuge encore à Aire rentrent. En novembre, ce sont les Français partis en Belgique qui reviennent. Ils sont applaudis par la population. Le 20 mars 1919, l’armée anglaise libère la caserne d’Essé, le 73ème RI reprend possession des lieux En janvier 1919, c’est le début des démobilisations des classes les plus anciennes. Les soldats portugais et anglais blessés et soignés à l’hôpital St Jean Baptiste quittent la ville d’Aire en mai.En décembre 1920, c’est le retour de l’ électricité. Le 12 novembre 1918, les noms de Foch, Clémenceau et Pétain aux nouveaux boulevards de la ville (famille de Pétain est de Blessy)

La vie doit reprendre son cours, il faut reconstruire, faire le deuil des morts au combat, rouvrir les commerces…

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