Quand le monde se donnait rendez-vous à Aire-sur-la-Lys

La ville d’Aire-sur-la-Lys fut traversée pendant le conflit par des troupes d’origines et de nationalités différentes. Ces soldats, alliés des Français et de la Triple Entente (Royaume-Uni, Russie et France) proviennent en grande partie des empires coloniaux et firent l’objet d’une grande curiosité chez les Airois.

“Les Inglais! V’là les Inglais!”

Aire-sur-la-Lys fut, tout d’abord, investie par les Anglais qui s’installèrent dès le 23 décembre 1914. Les Airois furent donc, tout d’abord, en contact avec les nations du Royaume-Uni. Les Ecossais firent une entrée remarquée. Ils sont présents dès le 13 décembre. Ils arrivent en kilt « avec leurs cornemuses et leurs binious », l’aumônière en cuir sur le devant et le béret sur la tête. Ces soldats ont frappé les esprits, les Allemands les surnommaient « Damen von Hölle », les dames de l’Enfer. Selon la presse locale, leurs « défilés militaires (et leurs musiques entraînantes) attiraient tous les gosses du village », étonnés de les savoir sans sous-vêtements. 147000 Écossais ont trouvé la mort lors de la Première Guerre mondiale : cela représente 20 % des pertes britanniques alors que l’Ecosse, à l’époque, ne comptait que 5 millions d’habitants. Le 5 mars 1915, des lanciers anglais, unités de cavalerie, défilent en ville devant les regards émerveillés de la population.

Unité de lanciers anglais, gallica.bnf

Provenant de l’empire colonial britannique, des soldats indiens s’installent en ville dès le 26 décembre 1914. Certains, les chefs hindous, étaient logés chez l’habitant. L’Echo de la Lys rapporte qu’un « de ces dignitaires, capitaine extrêmement distingué, était logé dans la ferme des parents de Gisèle Reigner”. Leurs moeurs et leurs pratiques étaient complètement méconnues des Airois. Afin de leur permettre d’agir à leur guise, un terrain fut mis à leur disposition derrière la gare. Là, ils procédaient notamment à la mise à mort rituelle de leur bétail sous les yeux ébahis des habitants. Un reporter de guerre écrivait ainsi en 1915 dans la revue Le Flambeau, « Ils se sont installés dans nos fermes comme s’ils y étaient nés, et nos braves paysans s’étonnent de les voir circuler dans leurs cours avec une telle aisance. Les Indiens, eux, ne s’étonnent de rien. Pourvu que l’intendance anglaise les ravitaille bien en gui (beurre clarifié), en viande de chèvre un abattoir rituel avait été installé à Aire– ou à la rigueur de mouton, et en poivre rouge, ils acceptent tout avec la suprême indifférence de l’Oriental. »

 

Avec leurs turbans autour de la tête, leurs chignons et leurs barbes, les Indiens étaient recherchés par les Britanniques car l’organisation de leur armée était une véritable armée de métier calquée sur celle du Royaume-Uni. Ainsi, des Sikhs, Gurkhas, Balochs, Dogras, Garhwalis, Jats, Pathans, Rajputs, Punjabis… arrivèrent en France. Les premières troupes débarquèrent à Marseille fin septembre 1914 et arrivèrent dans les gares d’Arques et Blendecques dans la nuit du 19 au 20 octobre. Leur baptême du feu eut lieu lors des batailles de Neuve-Chapelle (du 28 octobre au 2 novembre 1914 puis du 10 au 13 mars 1915) et de Festubert (du 23 et 24 novembre 1914 et le 16 mai 1915)… principalement. Ce fut une vraie boucherie. En un peu plus d’un an, le Corps indien a compté plus de 34 000 pertes.

Les faits sont peu connus des contemporains, la presse locale écrit, “Un beau jour, on ne sait comment, les Hindous disparurent. On raconta qu’ils s’étaient fait décimer, du côté de La Bassée. » Ces événements nous sont mieux connus désormais. En effet, Dominique Faivre a fait de nombreuses recherches sur la participation des Indiens dans la Grande Guerre. Néanmoins, sa connaissance reste partielle car de nombreuses lettres restent censurées et archivées en Angleterre

 

La présence de Marocains, issus de l’empire colonial français, est notée dès le 5 décembre 1914 à Aire-sur-la-Lys où une photographie les présente sur la grand-place (photographie tout en haut). Le Maroc est, à l’époque, encore un protectorat. Un monument marocain restauré par le roi du Maroc se trouve sur la crête de Vimy, en souvenir de la bataille du 9 mai 1915 où une division marocaine attaque et parvint à franchir les 4 lignes de tranchées allemandes pour arriver sur la crête. Cela se fit au prix de pertes importantes mais ce fut un véritable succès. Ce fut également une véritable surprise et personne n’était là pour les aider à tenir leur position.

Curieusement, il n’y avait pas de Marocains dans cette division. Il y a bien eu des soldats marocains engagés sur le front de l’Artois. 37 000 Marocains, selon Pierre Miquel ont combattu aux côtés des Français à la demande du roi du Maroc. On les reconnaît facilement avec leurs cheveux longs, portant la djellaba et souvent accompagnés par un cheval. On appelle ces régiments de cavalerie, les spahis. Ce sont les régiments les plus décorés de l’armée française. Leur étendard est le seul des emblèmes des unités de cavalerie à être décoré de la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire. Ces cavaliers étaient surnommés les « hirondelles de la mort » par les Allemands.

La présence du 1er régiment de marche de tirailleurs marocains est attestée en mai-juin 1915 du côté de Angres et Aix-Noulette. Le passage de régiments de marche de spahis marocains est également connu, à Arras, Hesdin. Abdelmoula Souidia, lui, parle du caïdmia (lieutenant) Brick Ben Kaddour, l’un des rares officiers marocains, qui a participé à la défense de Béthune, tué à Radinghem-en-Weppes et de l’un de ses amis Abbas Ben M’Hamed, tué à Richebourg en 1914. Néanmoins, pas de traces de cimetière marocains. On ne trouve que quelques carrés musulmans comme à Lorette.

 

Enfin, une mention est faite de la présence d’Africains le 4 juillet 1916 à Aire. Ce sont des soldats blessés, ayant probablement combattu lors de la bataille de la Somme qui arrivent à l’hôpital. Ce sont probablement des tirailleurs, des unités d’infanterie appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’armée de terre française. Nous n’avons pas davantage de précisions. Nous savons juste qu’ils ont été bien accueillis par la population.

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