Le sacrifice des Airois au quotidien

Les civils doivent faire constamment des sacrifices, ils sont privés de transport dès 1914, la priorité est laissée à l’armée pour alimenter le front. Les axes de communications sont parfois inaccessibles. En effet, le pont situé entre Saint-Omer et Arques est détruit en septembre, le 4 janvier, les civils ont des difficultés pour faire le voyage jusqu’à Paris, ils mettent 4 à 6 jours pour y aller. En juillet, le chemin de fer n’accepte plus les marchandises à cause du grand nombre de troupes à transporter et parce qu’il y a  beaucoup d’artillerie anglaise. En octobre 1916, les transports sont quasiment arrêtés.

Pendant la guerre, les civils ont dû faire face à la réquisition de presque tous leurs biens. Leurs moyens de transports comme les chevaux sont réquisitionnés dès août 1914 en vue de l’effort de guerre et les voitures en octobre. Pour les civils qui ont encore une voiture, des horaires de circulation sont mis en place. Il est interdit de rouler de 7h30 à 16h30 et tous les conducteurs doivent avoir un permis délivré par l’autorité militaire. Les chevaux étaient réquisitionnés pour servir de monture aux officiers. Pour l’artillerie, c’était des chevaux de trait, en effet, il faut 178 chevaux pour tirer 4 canons de 75. Ils servaient aussi à tirer des fourgons de munitions, des cuisines roulantes, pour distribuer le courrier… 11 millions d’équidés sont morts pendant la guerre, dont 1,88 million pour la France, soit un cheval sur 2 par rapport aux effectifs civils.

Demande de permis de circulation pour les civils

Ils sont également privés de nourriture et de boissons car elles sont réquisitionnées pour les soldats, on peut citer par exemple le blé, l’avoine, la viande. La vente d’alcool est réglementée par le ministre de la guerre dès novembre 1915 afin d’éviter les débordements. Depuis juillet 1917, les brasseries sont soumises à un régime particulier et sont approvisionnées par le comité central de répartition, une bière à 1° est vendue 14 francs l’hectolitre.

De plus, le 3 novembre 1916, le projet de loi visant à taxer le beurre et les oeufs est voté au Sénat. Les civils doivent faire face à l’augmentation des prix sur la nourriture. Il y a de plus en plus de taxes en janvier 1917, la taxe sur les boissons, sur le tabac, sur le sucre.

En période de guerre, l’argent manque, le 28 août 1914, une partie de la population airoise dissimule leurs économies dans le sol. Il s’agit d’éviter les nombreux vols. En effet, en septembre 1916, une femme se fait voler la somme de 2530 francs. De plus, les taxes augmentent, en janvier 1917, la taxe sur les revenus des valeurs immobilières est fixée à 5% au lieu de 4%.

Ils doivent aussi se priver de leurs activités, au premier janvier 1916, la chasse n’ouvre pas mais des battues peuvent être organisées pour pouvoir protéger les récoltes des animaux nuisibles.

Les civils subissent eux aussi les dégâts de la guerre, des maisons sont détruites, des personnes sont même parfois touchées par les obus… En janvier 1914, la commission de l’autorité militaire examine les réclamations des habitants concernant les dégâts causés par les troupes. Le temps n’améliore pas la situation des civils, en février 1915, une violente tempête s’abat sur Aire, des habitations sont endommagées et des arbres sont brisés. En juillet 1916, un orage éclate et provoque des inondations. Le vent a emporté le foin. En novembre, une tempête éclate, la  circulation se fait difficilement. La pluie tombe sans discontinuer pendant deux jours et couvre les terrains d’eau. L’arrachage des betteraves est suspendu.

Marche à suivre en cas de dégâts causés par les troupes en cantonnement

Les soldats présents à Aire font parfois, eux-même, des dégâts, en février 1915, le garde-fou (rambarde de sécurité) du pont de la Lacquette est renversé par un camion anglais. Le conducteur a préféré protéger des enfants qui se trouvaient là. Le premier septembre 1916, un officier du ministère de la guerre sera présent pour répondre aux questions et demandes de la population suite aux dégâts qu’aurait causés l’armée. De plus, une pétition est signée par les réfugiés des pays envahis pour l’indemnisation des dommages occasionnés suite à la guerre.

Des restrictions sont imposées aux familles de prisonniers en novembre 1915, qui ne peuvent plus envoyer de vêtements civils aux leurs, internés en Allemagne : les boches craignaient qu’ils ne s’en servent pour s’évader. Ces colis des familles représentaient un sacrifices énorme car les cuirs, chaussures, tissus étaient aussi réquisitionnés, pour la confections d’habits, d’objets… pour les soldats.

En janvier 1917, la consommation de gaz est réglementée. En juillet, le maire rappelle qu’aucune lumière ne doit être visible de l’extérieur. (aucune lumière à partir de 21 heures depuis janvier 1916).

La fin de la guerre est  marquée par une montée de la tension sociale, les ouvriers sont soumis à de longues journées de travail et victimes de la hausse des prix, ils constatent avec aigreur la prospérité de nombre d’agriculteurs et de commerçants. Le 13 mars 1918, une première grève, vite brisée, éclate aux aciéries d’Isbergues.

 

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